Monthly archives: décembre 2014

L’Espagne se met au libre échange

Dernièrement, j’ai assisté à un séminaire fascinant en Espagne portant sur le libre marché : un thème à certains moments délicat, et qui a donné naissance à nombre de discussions houleuses entre les participants. C’est que le « libre marché » a, en Europe, mauvaise réputation : il ne fait pourtant de mal à personne, en suivant son chemin de petit bonhomme… Car, en effet, libre marché ne signifie en aucun cas ultra-libéralisme. La notion de libre marché est floue pour beaucoup. C’est pourquoi je vais commencer avec un exemple. La libération des femmes dans les années cinquante fut-elle un effet du hasard ou plutôt le fruit qu’offrit l’industrie pharmaceutique en réponse à un besoin, avec l’introduction des moyens de contraception ? Autre question. La libération des femmes dans le domaine du travail fut-elle due à l’émergence des équipements électroménagers, qui ont fourni un gain de temps à la femme au foyer et lui ont, en conséquence, offert l’opportunité de trouver sa place dans le marché du travail ? Ou découle-t-elle du fait que les femmes ont conquis le marché de l’emploi lors la seconde guerre mondiale et changé définitivement la donne ? Un dernier exemple, encore. L’insistance avec laquelle certains gouvernants s’évertuent à embarrasser les droits des citoyens et consommateurs n’est-elle pas la meilleure preuve du pouvoir que représente le libre marché ? La manière dont la Chine entrave la liberté d’information de ses concitoyens sur la Toile et les réseaux sociaux, par exemple, dévoile qu’un consommateur libre, et plus largement un individu libre, est identifié comme un danger pour un groupe qui entend fixer lui-même ce qui est profitable et ce qui ne l’est pas.
Depuis des temps immémoriaux, l’homme a un nombre limité de besoins à satisfaire, comme la pitance, la boisson, le gîte et la tranquillité. Ceux-ci relèvent des besoins élémentaires de l’individu. Et durant des millénaires, ceux-ci ont été les seuls besoins de l’individu. Les plus anciens marchés dont nous avons retracé l’histoire délivraient expressément des biens répondant à ces besoins. Ainsi, la demande construisait l’offre et la convergence des deux donnait naissance à un marché. A notre époque cependant, les besoins de l’individu se sont multipliés : éclairage, climatisation, transport, formation continue, santé, communication, bien-être, services divers… Et quel que soit l’extravagance des besoins, il se trouvera un individu capable de les satisfaire. Grâce au « libre marché », chaque être humain peut ainsi lui-même chercher à améliorer sa situation, en demandant et en offrant. Le libre marché n’a donc rien à voir avec l’image qu’on s’en fait : il a toujours fait partie de nous et de notre société, et nous est profitable. Voilà comment, à partir d’un simple malentendu sur ce que recouvre cette expression pourtant simple, des débats sans fin aient pu mener nulle part. Je vous laisse le lien vers l’organisateur de ce séminaire en Espagne si vous souhaitez en savoir plus sur le sujet.

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Leader Price en colère

Les trois-quarts des salariés aubois des supermarchés Leader Price étaient en grève, samedi. En cause : des conditions de travail dégradées. Six grévistes sur huit aux Chartreux, douze sur seize à Pompidou, douze sur quatorze à Bar-sur-Seine », détaille Laurent Lemoult. Le délégué syndical CGT s’avouait plutôt satisfait de la mobilisation, samedi. Les trois-quarts des salariés aubois des supermarchés Leader Price étaient, samedi, en grève pour protester contre des conditions de travail jugées déplorables et contre des salaires tirés au forceps. Il s’agit des trois supermarchés aubois « intégrés » au groupe filiale du distributeur Casino, et non pas des deux supermarchés indépendants et sous franchise Leader Price installés à Aix-en-Othe et Troyes/Preize.

La coupe semble, en tout cas, bien pleine pour les salariés. « Les conditions de travail sont de plus en plus dégradées. On a d’abord un problème d’effectif : 240 emplois ont été supprimés en 2013 en France. Au niveau local, c’est pareil. Ici, à Pompidou, par exemple, on a trois personnes qui partent et qui ne sont pas remplacées, plus un congé maternité », explique Laurent Lemoult. « Sur les salaires, c’est le minimum avec le Smic à 1 150 €, des dimanches travaillés sans majoration ni repos compensateur… C’est aussi beaucoup de temps partiels de moins de trente heures. On fait partie du groupe Casino mais on a tous les inconvénients sans les avantages : on n’a ni la carte de réduction, ni la mutuelle, ni la prévoyance », ajoute le délégué syndical. L’encadrement du magasin du Leader Price du boulevard Pompidou, présent samedi matin, n’a pas souhaité s’exprimer sur ce mouvement de grève des salariés. Quant à la direction des ressources humaines du groupe, elle restait hier injoignable.

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Quand la Belgique s’en mêle

En France, la situation est marquée par des attaques de plus en plus violentes de la part du gouvernement et du patronat contre la classe ouvrière. C’est bien l’ensemble des droits que les travailleurs ont arrachés pendant des décennies de lutte qui sont remis en cause.

Les déclarations de Macron et d’autres politiciens sur les 35 heures préparent des remises en cause de la durée hebdomadaire du temps de travail. Toujours concernant le temps de travail, on assiste à une offensive, d’abord dans le commerce avant de s’étendre aux autres secteurs d’activité, pour imposer le travail dominical.

Après une nouvelle convention Unedic qui réduit les droits des travailleurs intermittents, intérimaires et licenciés, c’est une véritable campagne de dénigrement des privés d’emploi qui est lancé depuis les salons gouvernementaux, campagne qui vise à imposer encore plus de contrôles et de radiations à l’encontre des travailleurs au chômage. Et ce dans un contexte où chaque jour on apprend un nouveau plan de licenciement, où tous les secteurs sont touchés par des licenciements et des suppressions de postes massifs… Répondant aux aspirations du Medef, Macron prépare déjà une nouvelle loi visant à « simplifier » les licenciements économiques, à permettre aux patrons de ne plus avoir à respecter des critères dans l’ordre des licenciements et à rendre encore plus difficile l’invalidation des plans sociaux par les tribunaux. Le patronat, lui, revendique bien sûr d’aller encore plus loin et ne d’avoir plus à justifier les licenciements… ce qui veut dire pour nous les travailleurs que nous n’aurons plus la possibilité de les contester.

A cela, et sans que la liste soit exhaustive, on peut ajouter les politiques d’austérité dans les services publics qui dégradent à la fois les conditions de travail des salariés et le service rendu à la population. Et, en plus du renforcement de la répression anti-syndicale, les attaques contre les instances de représentation des salariés (CE, DP, CHSCT…) et la volonté de mettre fin à l’élection des juges prud’homaux montrent également une volonté de remettre en cause les libertés syndicales et les autres moyens dont disposent les salariés pour contester la toute puissance patronale dans l’entreprise. Quant aux salaires, il est question de les geler pendant trois ans, ce qui entraînera une perte encore plus violente de notre pouvoir d’achat.

Face à cette situation dramatique pour la classe ouvrière, le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle ne se mobilise pas en tant que telle pour résister à ces attaques. Des mobilisations de secteurs de la petite-bourgeoisie (comme les avocats, les médecins ou les pharmaciens) ont plus de visibilité que celles du monde du travail, quant ce ne sont pas les réactionnaires (Manif Pour Tous par exemple) qui tentent d’apparaître comme l’opposition la plus visible au gouvernement.

Bien sûr, ici ou là, apparaissent des mobilisations intéressantes. On peut citer la lutte des travailleurs du commerce à Paris contre la généralisation du travail le dimanche. Cette mobilisation a déjà permis de faire taire la campagne médiatique orchestrée par le patronat sur le « droit de travailler le dimanche », elle est la preuve, s’il en fallait une, que non les travailleuses et les travailleurs du commerce ne veulent pas être exploité un jour de plus. Toujours à Paris, on se doit de citer les luttes qui se développent dans l’hôtellerie de luxe, secteur où il est vrai les travailleuses et travailleurs peuvent quotidiennement constater l’indécence des fortunes de la grande bourgeoisie. Ici et là, on voit aussi des luttes contre les suppressions de postes dans les hôpitaux et bureaux de poste, ou des grèves contre les plans de licenciements.

Mais pour ce qui est des luttes d’ensemble de la classe ouvrière, force est de constater que depuis la rentrée, il n’y a pas eu une seule véritable journée de mobilisation. Les journées d’action syndicales qu’a pu proposer la direction de la CGT démoralisent plus qu’elles ne mobilisent les militants, sans même parler des travailleurs du rang. Que ce soit la journée du 16 octobre sur la protection sociale, la journée de mobilisation pour les transports ou celle pour les salaires dans la fonction publique, elles ont été quasiment confidentielles et ont déjà eu du mal à mobiliser les militants. Au niveau des directions syndicales, il n’y a aucun plan, aucune stratégie pour aller vers un mouvement d’ensemble, pour élaborer une résistance un tant soit peu efficace face au rouleau compresseur des attaques patronales.

S’il y a des différences de cultures syndicales, nous avons face à cette absence de stratégie des directions syndicales, un contre-exemple, celui de la Belgique. Les syndicats n’y sont pas plus radicaux ou moins bureaucratisés qu’en France. Il n’empêche que dans ce pays, les directions syndicales proposent une stratégie qui donne envie aux militants, aux syndiqués et au-delà à l’ensemble des travailleurs de se mobiliser. Face à des attaques du gouvernement qui visent à repousser l’âge de la retraite, à remettre en cause l’indexation des salaires et à réduire les indemnités chômage, et malgré les limites des bureaucraties réformistes, la stratégie mise en place montre la force potentielle de la classe ouvrière.

La mobilisation a commencé par une grande manifestation de plus de 100.000 travailleurs à Bruxelles le 6 novembre. Elle a continué par une première vague de grèves tournantes le 24 novembre dans les provinces d’Anvers, du Luxembourg, de l’Hainaut et du Limbourg, qui ont été un succès. Quasiment tous les transports, bus et trains, étaient à l’arrêt tout comme le Port d’Anvers, 70% des magasins de Charleroi ont été fermés par la grève, dans bien des entreprises de la métallurgie ou de la chimie la production a été stoppée, et un grand nombre de zones industrielles et commerciales ainsi que des administrations ont été bloquées par des piquets de grève. Une nouvelle vague de grèves tournantes aura lieu le 1er décembre, ainsi que le lundi suivant jusqu’à une journée de grève générale prévue pour le 15 décembre.

Bien sûr, on ne sait pas alors que ces lignes sont écrites jusqu’où ira le mouvement en Belgique. Les directions syndicales finiront peut-être par négocier des queues de cerise…

Mais une seule journée de grèves tournantes a déjà bloqué bien des lieux de production et de services, et ce dans un pays qui a connu plus d’une année sans gouvernement, absence qui n’a entravé en rien la bonne marche du pays. Cela permet de rappeler la force de notre classe sociale lorsqu’elle est organisée, et la faiblesse des bourgeois et politiciens qui ne produisent aucune richesse ! Et l’exemple belge montre aussi ce que pourrait être un plan de lutte visant à mobiliser les travailleurs contre la politique anti-ouvrière.

Impossible de dire si cela marchera ou pas, mais ce qui est sûr c’est que les directions syndicales, et en particulier celle de la CGT (qui reste la principale organisation ouvrière et celle qui regroupe le plus grand nombre de travailleurs combatifs), ne cherchent même pas à aller dans cette direction. Ce serait pourtant la seule qui permettrait de faire reculer le gouvernement et le patronat ! Aux travailleurs combatifs et aux communistes de militer dans ce sens ! Car il est temps, en France comme ailleurs, de mettre un coup d’arrêt aux attaques anti-ouvrières, et ce n’est que par la mobilisation de la classe ouvrière qu’on y arrivera.

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