Monthly archives: novembre 2015

Meeting de Rabat sur la pauvreté et la liberté

Le libre marché a toujours été le mouton noir des gouvernants, et les intellectuels autoproclamés, tels un troupeau de moutons, se bousculent dès lors qu’il s’agit de le critiquer : à les en croire, le libre marché défavoriserait en effet les foyers les plus modestes. Cet argument fournit apparemment une justification humaniste à leur antipathie viscérale pour le libre marché. « Voyez, nous désavouons le libre marché parce qu’il lèse la faible populace. Pauvre gueux… » Pour eux, les pays défavorisés seraient ainsi affaiblis par la brutalité du libre marché. Cette conviction est d’après moi une profonde bêtise, et durant un meeting à Rabat auquel j’ai récemment participé, un participant a pris soin d’analyser en détail cette curieuse conviction. Dans les faits, cette justification va totalement à l’encontre de la réalité. Les individus des pays pauvres souffrent surtout du manque de libre marché. La preuve : les plus pauvres résident traditionnellement là où ils ne sont pas autorisés à vivre comme ils le veulent. Contrarier le libre marché conduit en toute logique à contrarier la liberté. Le libre marché est par conséquent réprimé dans des dictatures telles que l’ex-Allemagne de l’Est. Un pouvoir qui se défie de son peuple au point de lui refuser la possibilité de s’exprimer dans les urnes ne consentira assurément pas à ce que ce même peuple ait la liberté de réaliser ses choix dans le cadre du libre marché ! Pendant ce meeting à Rabat, l’intervenant a même poussé plus loin sa diatribe, en montrant à quel point le libre marché est vital pour les populations les plus démunies. Cela leur donne en effet l’occasion de proposer leurs produits à un public bien plus étendu, et leur permet, en tant que clients, d’avoir un meilleur accès aux biens et services. Par l’intermédiaire du libre marché, les populations démunies du monde réservent maintenant un budget moins important à se nourrir que par le passé. Pour les pays en voie de développement ayant choisi le libre marché et l’ouverture des frontières pour l’importation de produits, les gens profitent non seulement de plus de choix pour les produits, mais aussi à des prix plus bas. Les plus démunis n’ont donc pas à être défendus du libre marché : c’est même le contraire ! Si cela vous intéresse, retrouvez toutes les informations de ce voyage incentive au Maroc sur le site de l’organisateur en suivant le lien.

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Uber et la loi du plus fort

Le dénouement de la crise des taxis montre à quel point nos gouvernants n’ont pris la mesure ni du caractère inexorable de la digitalisation du monde, ni de l’ampleur et de l’urgence des changements à opérer La capitulation de l’État face aux chauffeurs de taxis est un événement dont la portée dépasse l’objet. Non pas du point de vue politicien. Alors qu’il peut se montrer courageux et habile en diplomatie ou en politique partisane, le chef de l’État a une préférence spontanée pour le statu quo en matière économique. Qu’il s’agisse des rentes les plus inefficaces, comme une partie des professions “à statut”, des avantages les plus contestables dans leur forme actuelle, comme le régime de chômage des intermittents du spectacle, ou des réformes les plus utiles, comme l’écotaxe, il a marqué à chaque occasion sa préférence pour le passé et sa soumission aux pouvoirs des décibels. Et l’expérience montre que les intérêts en place sont la plupart du temps bien plus cohérents et bruyants que ceux qui en veulent le changement. “Les dirigeants paraissent n’avoir aucune idée de l’ampleur des changements économiques qui vont en résulter et qu’il faut préparer, tant pour apaiser des Français si facilement terrorisés par la nouveauté, que pour les y adapter” Dans le droit fil de ce conservatisme, le vrai sujet de cette affaire est la cécité dont font preuve les dirigeants en interdisant le service d’Uberpop – comme en limitant celui des VTC hier – au lieu de débattre de l’adaptation du métier de taxi, et de tous les autres, aux nouvelles technologies. Ils paraissent n’avoir aucune idée de l’ampleur des changements économiques qui vont en résulter et qu’il faut préparer, tant pour apaiser des Français si facilement terrorisés par la nouveauté, que pour les y adapter. Ces changements sont moins rapides que ne le prétendent les “techno-optimistes” qui imaginent un monde entièrement automatisé pour après-demain. Le discours de la “rupture” ne résiste pas à l’examen macroéconomique. Si “gouverner, c’est prévoir”, c’est bien maintenant car ces changements sont progressifs. Mais c’est la seule souplesse car, pour autant, le mouvement est inexorable. En vingt ans, il a déjà transformé radicalement nombre de professions, et à un point tel que nul n’y fait plus attention. Qu’il s’agisse de la gestion des opérations de banque ou de marché financier, de la réservation des avions, des trains ou des hôtels, de la presse ou des caisses de grandes surfaces, des métiers entiers ont disparu ou sont en train de le faire. En trente ans, la part des emplois automatisables a chuté de 12 points dans l’emploi total aux États-Unis?: c’est colossal, même si une part est due aux délocalisations. Demain, ce seront les taxis, mais aussi d’innombrables professions de services, sans compter, bien sûr, la poursuite de la robotisation de nombreux emplois industriels. Et, plus loin, les VTC seront à leur tour progressivement menacés par les voitures autonomes. Là encore, que la “Google car” ait réalisé près d’un million de kilomètres sur tous types de voies sans accident ne signifie pas qu’elle sera dans les rues demain. Mais dans vingt ans, c’est certain. “Il vient toujours un moment où la politique devient un monde clos, enfermé sur ses propres logiques. Et celles-ci ne sont que de (très) court terme et de rapports de forces immédiats” Pourtant, les pouvoirs publics ne s’en soucient guère… sauf en cas de bruits et de fureur, où ils courent aux abris. À l’exception de Fleur Pellerin, le reste du gouvernement ne paraît pas plus concerné par le sujet que le Président, confirmant ainsi qu’il vient toujours un moment où la politique devient un monde clos, enfermé sur ses propres logiques. Et celles-ci ne sont que de (très) court terme et de rapports de forces immédiats. Si bien que, en dehors de crises violentes, le désintérêt de l’État pour ce sujet fondamental est complet quand l’échec n’est pas patent. Le nombre de tentatives de modernisation numérique de l’État finies en déroute est démoralisant. Il en serait pourtant un bénéficiaire idéal, et les citoyens-contribuables avec lui. Même lorsque les enjeux sont des priorités de premier rang, comme l’emploi, l’inefficacité est au rendez-vous?: il suffit de lire le rapport de la Cour des comptes paru la semaine passée sur Pôle emploi. Bien sûr, comme toujours avec les critiques de la Cour, les dirigeants expliquent que tout cela était connu et qu’il y a été remédié… juste après le départ de la Cour. C’est curieux comme la Cour des comptes n’arrive jamais à constater que tout va bien depuis hier.

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Démocratie à l’africaine ?

Entre afro-optimisme et afro-pessimisme, le continent africain se cherche. C’est vrai sur le plan économique où la croissance “en tache de léopard” – dixit l’expert Jean Joseph Boillot – crée d’importants déséquilibres. Mais c’est encore plus frappant sur le plan politique. Quelle est la meilleure gouvernance pour favoriser le développement?? La réussite de certains régimes n’obéissant pas aux canons démocratiques, loin s’en faut, tels l’Éthiopie, l’Ouganda ou le Rwanda, interpelle. Ces régimes offrent à l’économie ce dont elle a le plus besoin pour se déployer?: la stabilité, le long terme, la vision. Dussent les droits de l’homme et du citoyen en souffrir durement. Cette voie qui fut empruntée par maints pays asiatiques pour décoller (et qui est toujours celle de la Chine) ne saurait sûrement pas, pour autant, constituer un modèle. Seulement une solution transitoire, en attendant mieux. carte-afriqueEntre l’Afrique qui prospère, celle qui affiche des taux de croissance économique de plus de 5?% en rythme annuel, et l’Afrique qui désespère, celle des migrants, de la jeunesse désœuvrée, du terrorisme et des États faillis, c’est un euphémisme de l’écrire?: le continent africain se cherche. C’est vrai sur le plan économique?: les pays résisteront-ils au retournement à la baisse du prix des matières premières et à la moindre demande chinoise, ou bien les fondamentaux d’une croissance endogène et diversifiée sont-ils, cette fois, suffisamment solides pour leur épargner une rechute?? Mais c’est encore plus frappant sur le plan politique. Alors que les élections s’enchaînent à vive allure – plus d’une trentaine de scrutins sont sur les agendas de?2015 et?2016 –, la problématique de la gouvernance politique se retrouve à nouveau remise au premier plan. Brutalement, par une série de dirigeants pas toujours recommandables, loin s’en faut, qui manifestent leur volonté de se présenter à nouveau pour effectuer un troisième mandat en contradiction avec la constitution de leur pays, succombant ainsi à la tentation dynastique. Et plus encore par la réussite économique et sociale de certains régimes qui n’obéissent pas aux canons démocratiques tels l’Éthiopie, l’Ouganda ou le Rwanda. Un constat plus que dérangeant à nos yeux d’Occidentaux, pour qui le cheminement vers la démocratie s’associe nécessairement au développement économique, et réciproquement Or, vérité un brin accablante, ces deux catégories – la démocratie et le développement – sont en réalité, l’Afrique vient nous le rappeler, dissociées. Tant il est vrai que l’économie a avant tout besoin pour se déployer de stabilité des règles du jeu, de long terme et plus encore de vision. Un triptyque que ne garantissent pas nécessairement les démocraties, régimes perfectibles par essence. Et il n’est pas surprenant après tout que l’Afrique, aujourd’hui en plein bouillonnement économique, en fasse à son tour, après l’Asie, la démonstration. Avec la fin de la guerre froide à la fin des années 80, l’Occident a voulu exporter son modèle de gouvernance démocratique aux sociétés africaines, allant même jusqu’à lier ses aides financières aux progrès réalisés dans ce domaine. Ce fut par exemple l’axe du célèbre discours de La Baule de François Mitterrand en 1990. Un quart de siècle plus tard, les pays africains sont sortis de leur face-à-face avec les anciens colonisateurs. Ils peuvent notamment se tourner vers d’autres partenaires beaucoup moins regardants sur les libertés publiques ou les droits de l’homme, comme la Chine qui, elle, met en avant dans ses relations le principe de non-ingérence. “C’est comme si l’Afrique, désormais libre de ses choix, vivait une deuxième indépendance. Et cela se traduit sur le plan politique par une grande diversité de régimes” “Résultat, les marges de manœuvre des dirigeants africains n’ont jamais paru aussi grandes”, explique un expert. Bref, c’est comme si l’Afrique, désormais libre de ses choix, vivait une deuxième indépendance. Et cela se traduit sur le plan politique par une grande diversité de régimes. Le Centre d’aide au développement (CAD) de l’OCDE dénombre en Afrique 25 démocraties, 5 autocraties et 22 régimes hybrides, mêlant des éléments de démocratie et des éléments de régime autoritaire. Mais un autre décompte avec des curseurs plus draconiens peut être établi ( voir encadré et carte ci-contre : les voies multiples de la gouvernance africaine).

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