Réalité du djihadisme

Mohammed Emwazi, alias “Jihadi John”, 27 ans, n’était pas un paria quand il est parti faire le djihad en Syrie. Apparu dans une vidéo, en août 2014, identifié grâce à son accent londonien et à des recoupements très fins, ce citoyen britannique d’origine koweïtienne devenu le tortionnaire en chef de l’État islamique était informaticien à Londres. Bien avant lui, la plupart des tueurs du 11 septembre 2001 aux États-Unis avaient suivi des études, comme Mohamed Belhoucine, l’ami de l’assassin de l’Hyper Cacher, comme ces excellents informaticiens entrés au service de la propagande islamiste pour lui donner une qualité qui étonne les spécialistes. Leur profil n’est pas si rare dans cette “armée” de 8 000 à 10 000 musulmans de naissance ou convertis d’Europe passés à l’islamisme radical. Leur aisance avec les nouvelles technologies montre qu’ils ont été bien formés dans leur société d’origine ou d’accueil. Ils n’ont pas toujours été des damnés de la terre. Une grande partie de nos élites intellectuelles peine à reconnaître cette réalité, comme si le sentiment religieux était incompatible avec l’évolution moderniste de nos sociétés. Cette cécité collective explique les dérives djihadistes par les seules inégalités sociales et par l’identité occidentale, supposée porteuse d’islamophobie et de racisme. Ce réductionnisme semble exonérer la religion — l’islam en l’occurrence — de toute responsabilité. Il gomme la force politique légitimée par une lecture littérale du Coran et des hadith (les faits et gestes du Prophète), matrice de la dérive fanatique observée de Mossoul à Paris, de Raqqa à Londres, des massacres au saccage de sites du patrimoine de l’humanité. Ceux qui acceptent de mourir et de supplicier des milliers d’innocents sont souvent en quête d’une spiritualité abandonnée ou moquée dans un Occident qui renie ses racines, en perte de mémoire, en quête d’identité. Comprendre et combattre ces islamistes nés et grandis chez nous oblige à une réflexion nouvelle, à droite comme à gauche, à cesser aussi de se mentir. Parler des “terroristes” ne suffit pas : ce sont aussi des “islamistes”. Quand on pleure des victimes “égyptiennes” ou “irakiennes”, il s’agit d’abord de “chrétiens”, égyptiens ou irakiens.

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