Démocratie à l’africaine ?

Entre afro-optimisme et afro-pessimisme, le continent africain se cherche. C’est vrai sur le plan économique où la croissance “en tache de léopard” – dixit l’expert Jean Joseph Boillot – crée d’importants déséquilibres. Mais c’est encore plus frappant sur le plan politique. Quelle est la meilleure gouvernance pour favoriser le développement?? La réussite de certains régimes n’obéissant pas aux canons démocratiques, loin s’en faut, tels l’Éthiopie, l’Ouganda ou le Rwanda, interpelle. Ces régimes offrent à l’économie ce dont elle a le plus besoin pour se déployer?: la stabilité, le long terme, la vision. Dussent les droits de l’homme et du citoyen en souffrir durement. Cette voie qui fut empruntée par maints pays asiatiques pour décoller (et qui est toujours celle de la Chine) ne saurait sûrement pas, pour autant, constituer un modèle. Seulement une solution transitoire, en attendant mieux. carte-afriqueEntre l’Afrique qui prospère, celle qui affiche des taux de croissance économique de plus de 5?% en rythme annuel, et l’Afrique qui désespère, celle des migrants, de la jeunesse désœuvrée, du terrorisme et des États faillis, c’est un euphémisme de l’écrire?: le continent africain se cherche. C’est vrai sur le plan économique?: les pays résisteront-ils au retournement à la baisse du prix des matières premières et à la moindre demande chinoise, ou bien les fondamentaux d’une croissance endogène et diversifiée sont-ils, cette fois, suffisamment solides pour leur épargner une rechute?? Mais c’est encore plus frappant sur le plan politique. Alors que les élections s’enchaînent à vive allure – plus d’une trentaine de scrutins sont sur les agendas de?2015 et?2016 –, la problématique de la gouvernance politique se retrouve à nouveau remise au premier plan. Brutalement, par une série de dirigeants pas toujours recommandables, loin s’en faut, qui manifestent leur volonté de se présenter à nouveau pour effectuer un troisième mandat en contradiction avec la constitution de leur pays, succombant ainsi à la tentation dynastique. Et plus encore par la réussite économique et sociale de certains régimes qui n’obéissent pas aux canons démocratiques tels l’Éthiopie, l’Ouganda ou le Rwanda. Un constat plus que dérangeant à nos yeux d’Occidentaux, pour qui le cheminement vers la démocratie s’associe nécessairement au développement économique, et réciproquement Or, vérité un brin accablante, ces deux catégories – la démocratie et le développement – sont en réalité, l’Afrique vient nous le rappeler, dissociées. Tant il est vrai que l’économie a avant tout besoin pour se déployer de stabilité des règles du jeu, de long terme et plus encore de vision. Un triptyque que ne garantissent pas nécessairement les démocraties, régimes perfectibles par essence. Et il n’est pas surprenant après tout que l’Afrique, aujourd’hui en plein bouillonnement économique, en fasse à son tour, après l’Asie, la démonstration. Avec la fin de la guerre froide à la fin des années 80, l’Occident a voulu exporter son modèle de gouvernance démocratique aux sociétés africaines, allant même jusqu’à lier ses aides financières aux progrès réalisés dans ce domaine. Ce fut par exemple l’axe du célèbre discours de La Baule de François Mitterrand en 1990. Un quart de siècle plus tard, les pays africains sont sortis de leur face-à-face avec les anciens colonisateurs. Ils peuvent notamment se tourner vers d’autres partenaires beaucoup moins regardants sur les libertés publiques ou les droits de l’homme, comme la Chine qui, elle, met en avant dans ses relations le principe de non-ingérence. “C’est comme si l’Afrique, désormais libre de ses choix, vivait une deuxième indépendance. Et cela se traduit sur le plan politique par une grande diversité de régimes” “Résultat, les marges de manœuvre des dirigeants africains n’ont jamais paru aussi grandes”, explique un expert. Bref, c’est comme si l’Afrique, désormais libre de ses choix, vivait une deuxième indépendance. Et cela se traduit sur le plan politique par une grande diversité de régimes. Le Centre d’aide au développement (CAD) de l’OCDE dénombre en Afrique 25 démocraties, 5 autocraties et 22 régimes hybrides, mêlant des éléments de démocratie et des éléments de régime autoritaire. Mais un autre décompte avec des curseurs plus draconiens peut être établi ( voir encadré et carte ci-contre : les voies multiples de la gouvernance africaine).

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