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Le vrai problème de la Grèce

Après la victoire, dimanche 25 janvier, du parti de gauche Syriza en Grèce, le travail de fond peut commencer. Elu sur la promesse d’une hausse du pouvoir d’achat des Grecs, le gouvernement d’Alexis Tsipras doit désormais renégocier au mieux les termes du contrat qui lie la péninsule à ses partenaires européens, plus particulièrement les conditions de remboursement des prêts qu’ils lui ont accordés. Une partie de poker doit donc se dérouler entre l’administration grecque et ses créanciers – les membres de la Troïka : Banque centrale, Commission et Conseil européens et Fonds monétaire international. Et chacun doit jouer une à une les cartes qu’il a en main. De fait, ce marchandage a déjà commencé. Depuis qu’Alexis Tsipras est pressenti comme futur Premier ministre, les marchés financiers ont relevé les taux théoriques auxquels ils acceptent (ou pas) de prêter à la Grèce : ils sont passés de moins de 5% en mai à plus de 9% en novembre. En réponse à l’annonce par Alexis Tsipras d’un refus de rembourser l’intégralité du montant de la dette s’il est élu, la chancelière allemande Angela Merkel – ou son entourage – avait même laissé entendre indirectement que la Grèce sortirait de la zone euro. Nous n’allons rien dicter et ne cherchons qu’à aider la Grèce, a depuis tempéré le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble. Mais il y a des règles, des accords, des faits, des chiffres, bref une réalité dont il convient de prendre conscience. » Le scénario d’une sortie de la Grèce de l’euro est donc encore irréaliste. « Le problème est de demander un effacement d’une partie de la dette, explique un proche du dossier. Tout ce qui est dit en ce sens par les parties grecques suscite une réaction contraire, notamment en Finlande et en Allemagne. En se concentrant uniquement sur ce point, on risque de voir la discussion rompue. » En cas d’échec des négociations, la Grèce pourrait être privée des facilitées d’emprunt dont l’Etat et les banques bénéficient. Ce qui, in fine, pourrait la pousser hors de la zone euro. Mais dans ce scénario, tous les européens seraient perdants. Face à cette menace, les deux parties doivent donc manier chaque carte avec précaution. En remboursant partiellement ou plus tard sa dette, le gouvernement Tsipras pourrait faire valoir qu’il a fait plier la troïka auprès de l’opinion publique. Et ainsi susciter des espoirs dans d’autres pays d’Europe, espérer une inflexion de la politique européenne davantage tournée vers l’investissement. Il pourrait aussi peut-être bénéficier dans une plus grande mesure du plan Juncker et du déblocage des fonds structurels de l’Union européenne. La Troïka a déjà accepté deux restructurations de la dette grecque. Les banques ont renoncé à prêt de 100 milliards d’euros. Et aujourd’hui, ce sont les Etats européens, la BCE et le FMI qui détiennent les trois quarts de la dette publique du pays, pour lesquels ils ont consenti à des taux très faible et à un remboursement très étalé. Autrement dit, même si la dette grecque rapportée à son PIB est très importante, ses créances sont relativement soutenables. Difficile d’offrir des conditions beaucoup plus avantageuses, à moins d’aller piocher directement dans le portefeuille des autres européens, dont certains se sont eux aussi serrés la ceinture. Cette carte, qui consiste à ne faire aucune concession au nouveau gouvernement, risque toutefois de mener à terme vers le Grexit. C’est le sujet de négociation le plus urgent. Le gouvernement Tsipras pourrait demander d’assouplir le programme de réformes suivi par les fonctionnaires européens, afin d’épargner les publics fragiles (retraités et jeunes) et de s’attaquer à certains secteurs plus prospères. En se montrant raisonnable sur le montant de la dette, il pourrait ainsi appliquer une politique correspondant davantage aux aspirations de son électorat, mais pas forcément déconnectée des demandes de la Troïka. La Banque centrale européenne garantit les actifs que détiennent les banques grecques bien que le pays soit désigné par les agences de notation comme un investissement spéculatif. Car en échange, la Grèce applique un programme de réformes définis avec les fonctionnaires européens. La Troïka peut donc réclamer au gouvernement Tsipras qu’il poursuive les réformes. Mais attention : Si Syriza ne peut pas du tout appliquer son programme, les prochaines élections risquent de voir émerger une forme de contestation violente, dans un pays ou un parti néonazi, Aube Dorée, a tout de même recueilli plus de 6% des suffrages. Ce qui donnerait lieu à une autre partie, beaucoup plus dure à jouer pour la Troïka. La Grèce renonce à rembourser une bonne partie de sa dette et affecte le montant des créances à la revalorisation des retraites ou aux salaires des fonctionnaires. Le coût politique pour l’Union européenne serait élevé, tant d’un point de vue géostratégique (bases militaires et immigration), que d’un point de vue de la confiance dans l’intégrité de la zone euro. Mais pour la Grèce aussi. Cette carte de dissuasion n’est donc à utiliser qu’en dernier ressort par Athènes, un peu comme l’arme nucléaire. D’autant que la troïka aussi en a une.

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